En l’espace de cinq ans, la mère et la sœur de Robby Spring ont toutes deux reçu un diagnostic de cancer du sein. Lorsque sa sœur l’a appris en 2023, Robby a demandé à passer une échographie et une mammographie. C’est en mai 2023 qu’elle a reçu, elle aussi, un diagnostic de cancer du sein. Aujourd’hui, près de deux ans après sa chimiothérapie, Robby milite en faveur d’un changement concret dans les soins de santé en partageant son histoire avec les décideurs et au moyen du volet « cancer » du Creative Destruction Lab.
Après son traitement, Robby s’est aussi lancée dans un projet personnel consistant à documenter la repousse de ses cheveux sur les réseaux sociaux. Elle espérait alors créer du contenu encourageant et stimulant pour d’autres personnes qui font face au cancer et à la perte de leurs cheveux.
Dans cette entrevue, Robby parle ouvertement de son cancer et de la perte de ses cheveux. Elle explique ce qui l’a aidée à vivre l’expérience de la repousse de ses cheveux et donne des conseils aux personnes qui traversent la même épreuve.
Pourquoi avez-vous décidé de partager votre expérience du cancer et de la perte de vos cheveux?@(Model.HeadingTag)>
Je voulais partager mon expérience de cancer tout de suite, avant même d’avoir terminé le traitement. Je sentais que mon parcours professionnel m’avait apporté toutes sortes de compétences qui pourraient être utiles. Je me suis donc engagée auprès de la Société canadienne du cancer dans le cadre du volet « cancer » du Creative Destruction Lab. J’ai pris conscience de l’influence que peuvent avoir des témoignages auxquels les gens s’identifient sur une décision en matière de santé. Ayant travaillé dans le secteur de la santé, je n’avais jamais porté autant d’attention à la voix des patients qu’aujourd’hui. J’ai ainsi repris ma carrière en essayant de combler le fossé entre les organismes et de trouver des moyens de permettre aux personnes atteintes de cancer de contribuer à l’innovation en oncologie.
Parallèlement, lorsque je perdais mes cheveux, je cherchais sans cesse du contenu auquel je pouvais m’identifier sur Internet. Je n’allais pas bien, je ne dormais pas et je me demandais de quoi auraient l’air mes cheveux. En fait, je ne me sentais vraiment pas bien et ce que je voyais en ligne ne faisait qu’empirer la situation. Je me suis donc dit qu’il était peut-être possible d’améliorer les choses. J’étais tellement contente quand mes cheveux ont commencé à repousser. Comme je faisais du photocollage pour montrer la repousse de mes cheveux à mes proches, j’ai décidé de créer le genre de contenu que j’aurais aimé trouver quand je traversais cette épreuve.
Je n’aurais jamais pensé publier de telles photos de moi sur Internet. Je n’ai pas beaucoup de photos de cette époque, car j’avais vraiment honte de mon apparence. Cela n’aurait pas dû être le cas, mais je ne me reconnaissais pas et je ne me sentais pas bien dans ma peau. Au début, je ne voulais pas en parler, mais aujourd’hui, je suis fière des progrès que j’ai accomplis et je souhaite m’en servir pour aider les autres à surmonter cette épreuve. J’espère que le fait d’en parler ouvertement aidera d’autres personnes à s’ouvrir ou à trouver une communauté au sein de laquelle aborder ce sujet.
Les réactions à mes publications sur l’évolution de mes cheveux ont été très positives. Des gens m’envoient des messages pour me dire que cela les aide à traverser cette période difficile, en leur donnant l’assurance qu’ils finiront par s’en sortir. Je ne veux pas non plus minimiser la difficulté de la situation. J’essaie de m’exprimer sur un ton positif tout en reconnaissant à quel point tout cela est pénible. Il s’agit d’une situation temporaire qui, espérons-le, finira par passer.
Comment avez-vous réussi à faire repousser vos cheveux? Quels conseils pourriez-vous nous donner pour favoriser la repousse?@(Model.HeadingTag)>
J’ai perdu 90 % de mes cheveux, mais ils ont repoussé rapidement et sont devenus très épais grâce à la combinaison d’un traitement topique favorisant la repousse et d’un casque réfrigérant. J’ai toujours eu les cheveux épais, mais ils sont plus épais que jamais grâce à cette combinaison. Le casque réfrigérant n’est pas efficace avec tous les types de chimiothérapies, mais dans le cas du cancer du sein, on peut l’utiliser sans problème.
J’utilisais aussi des huiles sur mon cuir chevelu pour stimuler la repousse et je me faisais couper les cheveux régulièrement, dès qu’ils étaient assez longs. Quatre à cinq mois après la chimiothérapie, je me faisais couper les cheveux aux six à huit semaines pour obtenir un léger dégradé qui réduisait un peu l’aspect bizarre de ma chevelure. Lorsque les cheveux repoussent, certaines zones sont courtes et d’autres plus longues, car les cheveux du haut et du bas de la tête poussent de manière égale. On se retrouve donc avec une coupe « mulet » pendant un bon bout de temps. Certains coiffeurs se contentent de couper simplement le bas pour uniformiser la longueur, mais j’ai la chance d’avoir un coiffeur incroyable qui comprend la pousse des cheveux et l’art des dégradés. J’ai failli manquer certaines phases de la pousse de mes cheveux à cause de la façon dont il les dégradait. Cela est vraiment important : la manière dont on coupe les cheveux au fil du temps peut accélérer leur croissance.
La santé du cuir chevelu en général est également très importante. Veillez à ce que votre cuir chevelu soit propre et utilisez des shampoings et revitalisants adaptés à votre type de cuir chevelu (sec ou gras).
Les 18 premiers mois ont été les plus difficiles. Mes cheveux étaient très épais, ils repoussaient bouclés et leurs pointes étaient presque brûlées à cause de la chimio. Ils ont maintenant atteint une bonne longueur, dépassant officiellement mes épaules!
Que souhaitez-vous que les gens sachent au sujet de la perte des cheveux liée au cancer?@(headingTag)>
Mes cheveux ont toujours fait partie de mon identité. Je ne me sentais pas moi-même et je ne me reconnaissais pas. Ce changement d’identité a joué un rôle énorme dans mon expérience du cancer. Cependant, les sentiments à ce sujet varient énormément d’une personne à l’autre. Les cheveux ne font pas forcément partie de l’identité de tout le monde.
Ce que je dis toujours, c’est que l’on se sent tellement mal en traversant cette terrible épreuve, que l’aspect physique est presque indissociable de ce que l’on ressent intérieurement. Tout ce qui touche au cancer du sein est d’ordre physique. Beaucoup de personnes perdent leurs seins ou subissent une modification de leur poitrine. Vous prenez également des médicaments ou vous vous remettez d’une opération. C’est un peu comme s’il n’y avait aucun répit. La maladie et le traitement continuent de vous affecter longtemps quand tout est terminé. Même pendant la convalescence, vous pouvez commencer à vous sentir mieux, mais l’image que vous renvoie le miroir vous rappelle chaque fois ce qui s’est passé.
Je sais que ça peut paraître dramatique, mais la partie liée à la survivance est vraiment difficile. À cela s’ajoute le rétablissement physique et le temps qui y est nécessaire. C’est un processus complexe, car cet aspect physique joue un rôle dans le deuil que l’on vit à la suite d’un cancer. À bien des égards, la période qui a suivi le traitement a été plus difficile que le traitement lui-même. Beaucoup de gens le disent.
Votre conception de la beauté et de l’identité a-t-elle changé après votre expérience du cancer?@(headingTag)>
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui perd ses cheveux?@(Model.HeadingTag)>
Il faut simplement reconnaître à quel point c’est difficile et se donner le droit d’être triste. Il est tout à fait normal d’éprouver beaucoup de chagrin face aux changements physiques et à la perte des cheveux. Cela ne fait pas de vous une personne vaniteuse. Ça fait partie du processus. Trouvez de petites choses qui vous aident à vous sentir mieux ou à vous sentir à nouveau vous-même, ne serait-ce que momentanément. Prenez du recul pour envisager la situation à plus long terme et vous aider à voir les progrès réalisés. Pour me remonter le moral, je me concentrais sur les petites choses qui mènent à quelque chose de plus grand. Quand je repense à cette période, faire des biscuits ou une séance de Pilates était des activités qui me permettaient de m’évader quelques minutes. C’est pareil pour les cheveux. Ils repoussent petit à petit, mais ça aide vraiment de pouvoir se dire « Bon, j’en suis là pour l’instant, mais j’en serai là dans 6 ou 12 mois ».
Faites très attention aux compléments pour les cheveux si vous suivez un traitement. Je reçois beaucoup de messages de femmes qui sont encore en chimiothérapie et qui souhaitent commencer immédiatement le processus de repousse des cheveux. Il faut faire très attention pendant le traitement contre le cancer, mais aussi après, compte tenu de tout ce qui accompagne le cancer du sein. Il existe beaucoup de suppléments alimentaires de mauvaise qualité sur le marché. Certains peuvent être bénéfiques, mais d’autres peuvent interagir avec vos médicaments. Faites donc preuve d’une grande prudence. Assurez-vous de toujours consulter la pharmacie de votre hôpital ou votre oncologue si vous le pouvez. L’attente est longue et pénible, mais il est vraiment important de bien faire les choses.
Au début, j’ai abusé des compléments alimentaires et je ne suis pas sûre qu’ils m’aient aidée. Maintenant, j’essaie d’adopter une approche de modération, car j’en faisais trop. Il suffit d’y aller doucement et de ne pas précipiter les choses. Vous finirez par trouver les bons outils et vous vous en sortirez.
« Prends des photos de tes cheveux une fois par semaine », m’avait conseillé ma mère. J’ai commencé à le faire trois semaines après la chimio. Je vérifiais chaque jour si mes cheveux repoussaient. Ma mère m’a dit « Faisons du samedi le jour des photos. Prends une photo et n’en prends pas d’autre avant la semaine suivante ». C’est ainsi que j’ai commencé à voir que mes cheveux repoussaient petit à petit, car les photos de la première et de la quatrième semaine étaient très différentes. C’est difficile à remarquer quand on regarde tous les jours, mais en prenant un peu de recul, on voit bien les progrès.
Ce sont les premières photos que j’ai prises de mon crâne chauve. Je ne m’étais pas rasé la tête et je ne laissais pas mes amis me voir. Seuls mes parents pouvaient me voir ainsi et je portais une perruque le reste du temps. Cela a été extrêmement difficile. Mais quand j’ai vu mes cheveux repousser deux semaines plus tard, j’ai envoyé des photos à tout le monde.
Comment allez-vous aujourd’hui, près de deux ans après la chimiothérapie?@(headingTag)>
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